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Les applications du régime de l’indigénat dans les colonies françaises d’Afrique de 1881 à 1946. Lien permanent vers ce document

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Le régime de l’indigénat, instauré dans les colonies d’Afrique à partir du 30 septembre 1887, a été conçu comme provisoire, et accepté par le Parlement en 1881 comme tel. Il devait permettre de laisser pendant 7 ans des moyens suffisants à l’administration coloniale afin qu’elle puisse stabiliser les colonies après leurs conquêtes, qu’elle y maintienne l’ordre, et qu’elle prépare les indigènes à la civilisation occidentale, qu’elle soit un des instruments de leur éducation. Ce ne sont pas 7, mais 60 longues années qui auront imposé aux indigènes un régime insupportable. Qui aurait imaginé en France, sans aucun procès, pouvoir être emprisonné par l’administration pendant 15 jours pour avoir manqué de respect à un représentant de l’ordre ? Qui aurait accepté de payer 100 francs d’amende pour être parti dans le village voisin sans en avoir préalablement informé le maire ? L’impensable, l’inimaginable en métropole a pourtant était la norme pendant une soixantaine d’années dans les colonies. Il faut dire que l’Etat ne s’est pas étalé en vantardises sur le sujet. Les colonies présentaient un rêve d’aventure, comme l’ont montré la Croisière Jaune ou la Croisière noire, elles étaient une source de richesses et de mystères, comme l’ont montré les expositions coloniales, mais elles ne devaient pas être des lieux de domination violente et d’exactions. Quelques-uns ont pourtant tenté de prévenir, comme Albert Londres191, mais la population ferma les yeux, devant les avantages et le prestige que la France pouvait tirer de son empire. Tout le monde savait, mais personne ou presque n’a rien fait. Même le Front populaire une fois au pouvoir n’a pas pu ou voulu supprimer un régime qui par la force des choses était devenu incompressible. Ainsi, pendant 60 ans, les politiques et les juristes reconnurent la nature de l’indigénat, sans jamais se résoudre à l’abandonner. La peur du nombre et la facilité en étaient sans doute les raisons, même si un racisme rampant ne se trouvait jamais bien loin des justifications. Il n’a suscité chez les indigènes ni réelle crainte ni admiration pour la puissance de la France et la grandeur de sa culture, mais bien la haine et une volonté dure comme fer de se gouverner par eux-mêmes. Malgré cela, quand les indépendances se déclarèrent, l’indigénat qui avait été martelé dans la tête de millions d’indigènes laissa des traces dans les nouvelles administrations. A Madagascar, les sous-préfets de la Première République Malgache réclamaient faces aux difficultés fiscales qu’on leur rende les pouvoirs des administrateurs qui les avaient précédés192. Ainsi, de renouvellement en renouvellement, les gouvernements et les administrations coloniales auront réussi le tour de force de faire d’un régime d’exception une institution pérenne193, et de faire passer un régime discriminatoire pour un instrument de civilisation. Créé par Hugo Plas-Boël 23 sept. 2022 Version 0.1
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